dimanche 26 février 2012

Intelligence artificielle


Je suis de la génération qui a vu naître la micro-informatique, l'Internet et la téléphonie cellulaire ! Ça vous donne une idée vague de mon âge.  J'ai bien dit la téléphonie cellulaire et non le téléphone tout court ! Quand même !

Ce qui fait des gens de ma génération, des individus qui n'ont pas de problèmes à adopter les nouvelles technologies. Adolescent, je ne sortais pas dans les bars ou dans les partys de gang. Ma sortie favorite était de passer le samedi après midi dans un Radio-Shack ! J'en étais au point où les vendeurs me saluaient et m’accueillaient par mon prénom.

Je ne me souviens pas avoir acheté grand-chose là, mais j'ai sans aucun doute passé des heures à essayer tous les gadgets. Je répondais même parfois aux questions des clients, au grand désespoir des vendeurs : "Non n'achetez pas ça, trop cher pour rien, ou pas assez fiable ...". À l'âge où mes copains se faisaient jeter en dehors des bars, moi je me faisais jeter en dehors des magasins d'électronique.

J'ai également été un des premiers à utiliser l'Internet moderne (le Web) au début des années 90. C'était merveilleux ! Il suffisait de brancher un modem sur l'ordinateur, puis le brancher dans notre prise téléphonique. Ensuite, il composait un numéro, suivi du bon vieux concert de grincements semblable à 50 personnes frottant leurs ongles simultanément sur un tableau vert, puis quand on était chanceux, un petit message apparaissait : "Connected at 1200 bauds" ! Pour ceux qui ne sont pas très techniques, c'est à peu près la vitesse d'une bonne secrétaire sur une dactylo électrique. Pour ceux qui sont trop jeunes, une dactylo électrique est un genre d’iPad à ruban dont les pages Web se déroulent et s'impriment automatiquement !
Là, on avait le monde à notre portée ! Enfin ... Un petit monde au début. On doit entrer une adresse qui ressemble à une formule magique :



"http://www.phoenixdeptofeducation.com/charlesdarwin/~publicaccess/theevolutionofspecies/index.html"

Essayez de taper ça du premier coup sans erreur. Mais quand on ne sait pas où aller, c'est pas très excitant. On ne "surfait" pas sur Internet, mais on faisait plutôt du patin à deux lames sur l'asphalte. Pas de Google pour nous diriger. Mais on pouvait acheter en librairie un recueil des 50 meilleurs sites sur Internet (sur un total de 62 sites existants). Des sites passionnant comme "Comment construire son propre luth avec des boites de carton" sans aucune illustration, un site sur les arts martiaux canins, ou un site de botanique sur les fleurs du Yukon, avec des photos qui prenait 20 minutes à s'afficher, en commençant par le haut et se dévoilant ligne par ligne :

"Oh, c'est une tulipe ... ah non, on dirait une rose finalement ... attendez ... oh c'est une marguerite ?"
Finalement quand la photo arrivait au complet, on voyait bien que c'était juste la photo du docteur Jane McWillis, botaniste, avec son chapeau fleuri".

On pouvait passer des heures à explorer l'univers, sans but précis, jusqu'à ce que quelqu'un dans la maison décroche le téléphone. Paf ! plus d'Internet ! C'était comme se faire couper le cordon ombilical ! Un retour brutal à la réalité.

Quand on part de loin comme ça, on apprécie toutes les nouveautés. N'importe quelle nouveauté !
C'est de là que m'est venu la passion pour les nouveautés technologiques. En particulier les téléphones cellulaires qui servent à autre chose que téléphoner.

J'ai eu la chance plusieurs années plus tard, de posséder un des premiers téléphones pouvant se brancher sur Internet. J'étais complètement émerveillé comme un enfant à qui on donne la clé du ToysRUs pour lui tout seul. Je pouvais maintenant naviguer sur une vingtaine de sites Web sur un magnifique écran noir et blanc de 1 pouce (environ 5 lignes de texte), grâce à un puissant clavier de 12 touches ! Et la vitesse ? On ne parle plus d'une dactylo ici, mais d'une tablette d'argile avec un marteau et un burin. Fallait être un peu visionnaire pour voir l'avancée technologique dans ce gadget. Pour certain, c'était comme affirmer : "Vous rouliez déjà à toute vitesse sur  les autoroutes avec votre Ferrari ? Voici maintenant  une révolution : une superbe paire de patins à roulette qui vous permettra de trottiner sur la voie d’accotement !".

Heureusement, la technologie s'est rattrapée assez vite et de nos jours, on peut vraiment parler de téléphones "intelligents" ou super-téléphones. Ils sont devenus un prolongement de notre cerveau. Demandez à un jeune aujourd'hui de se séparer de son iPhone pour un weekend ! C'est comme lui arracher un bras ou un pied.

J'ai un peu la même sensation si je quitte pour aller à l'épicerie et j'oublie mon téléphone à la maison. J'ai la désagréable sensation d'avoir laissé une partie de moi-même derrière moi. Ma mémoire, mes connaissances, mes souvenirs ... Que vais-je faire si quelqu'un me pose une question du genre "Salut Hugues, tu vas bien ? En passant, sais-tu quelle est la capitale et la population du Bangladesh ?". Ça devient un peu comme un respirateur artificiel, mais pour le cerveau.

Il n'y a pas seulement l'Internet sur ces machins maintenant. Il y a les "Apps" diaboliques qui servent à tout et à rien, mais qu'on ne peut s'empêcher de collectionner. J'ai une application qui me permet de localiser la planète Jupiter dans le ciel à tout moment ! On ne sait jamais quand quelqu'un va vous poser la question : "Salut Hugues, tu vas bien ? En passant, tu n'aurais pas vu Jupiter par hasard ?".

Bien sur, il y a aussi un GPS sur ces "téléphones". Cette application sert principalement à pouvoir s'obstiner sur le bon chemin à prendre quand ta conjointe n'est pas avec toi pour le faire ! Pas plus tard qu'il y a deux semaines, je devais me rendre chez un client dans l'arrondissement Montréal Nord. Je règle mon GPS puis je commence mon trajet. Tout de suite en sortant de mon quartier, Tanya (c'est le nom de ma voix de GPS) me dit qu'il faut tourner à droite, alors que moi je prends toujours à gauche pour aller dans ce coin.

- "Dans 500m, tournez à droite !"
- "Ben voyons, c'est à gauche, où tu prends ça ?"
- "Dans 200m, tournez à droite !"
- "Pas question, je le sais plus que toi, c'est à gauche bon !"
- "Tournez à droite, maintenant !"
- "Non, à gauche !"

Finalement, je me suis retrouvé dans le banc de neige, tout droit, de l'autre côté de la rue. C'est pas de parler au téléphone en voiture qui est dangereux, c'est de s'obstiner avec lui !

Mais, il y a d'autres exemples où mon appareil me protège contre des incidents pouvant causer des blessures graves : Le soir, en me couchant, je lis maintenant tous mes romans avec mon appareil. Il n'y a que des avantages : Premièrement, je n'ai plus à garder ma lampe de chevet allumée, un plus pour ma voisine de lit. Ensuite, comme je n'ai besoin que d'une main pour lire, il n'a que ma tête et ma main gauche qui dépassent un peu des couvertures. Idéal pour les froides nuits d'hiver. Puis le plus important, comme je m'endors toujours en plein milieu d'un chapitre, je ne reçois plus ma brique de 782 pages en pleine face !

Il y a par contre des désavantages à vivre 24 heures par jours avec son appareil. Via les textos, les courriels ou même le téléphone, toute la planète peut te rejoindre à n'importe quel endroit à n'importe quel moment.
Ça m'est déjà arrivé d'être dans la salle de bains au bureau, assis sur le siège, réfléchissant à l'univers et ses aboutissants, quand tout à coup, j'entends mon voisin de cabinet dire : "Salut !". Personnellement, ce n'est pas mon endroit ou moment favori pour socialiser, mais bon, je suis poli. Je réponds un timide, mais sincère "Salut !", puis j'entends : "oui, Mireille, je peux te rappeler plus tard, je suis un peu occupé présentement !".

Parfois, au lit, quand je suis en train de dévorer le dernier chapitre de mon roman, j'entends le petit "blip" qui indique que je viens de recevoir un courriel, un combat s'engage alors dans ma tête.

La raison : "Non, je n'irai pas voir. Il est 2h du matin et je n'ai pas à lire mes courriels à cette heure !"
La curiosité : "Mais qui peut bien vouloir me parler à cette heure de la nuit ? Je vais aller voir."
La raison : "Voyons, ça n'a aucun bon sens de lire ses courriels la nuit !".
La curiosité : "Un message à cette heure ne peut vouloir dur que quelque chose de très important vient de se produire et je dois y aller !".
La raison : "Non, il n'en est pas question, continue à lire et n'y pense plus !"
La paranoïa : "Et si c'était une urgence, un ami blessé dans sa voiture, qui m'envoie un courriel pour que je puisse appeler l'ambulance !"
La raison : "Bon ça va, mais fait ça vite."

Finalement, c'était Metro qui m'avise que la laitue iceberg est en spécial cette semaine ! Ouf !

Ironiquement, malgré toutes ces innovations technologiques, cette convivialité et cette puissance, la première fois que mon nouveau téléphone a sonné, j'ai jamais été capable de trouver le bouton pour répondre ! Pas grave, il va sûrement m'envoyer un courriel plus tard !

1 commentaire:

  1. Hahaha!! Que de bons souvenirs.. L'ancêtre d'internet, où je tchatais en ms-dos..

    En passant, c'est peut-être par ta faute que Radio-Shack a fermé.. À force de voler leur job et de dire aux gens de ne rien acheter, tu as causé leur perte!! Ailleyayaye!!

    Bon j'ai faite une tite recherche pour toi, puis la capitale du Bangladesh c'est Dhakka, et la population était de 144 millions d'habitants en 2006! Comme ça si jamais quelqu'un te pose la question puis que tu n'as pas ton cell intelligent, tu pourras toujours leur répondre quand même.. Puis, oui je sais, 2006 ça date un peu, mais t'auras qu'à leur expliquer que tu cherches ton cell depuis!!

    Puis arrêtes de t'obstiner avec ton GPS.. J'sais pas pour le tien, mais le mien, en plus d'être une femme, c'est une (bip) de Françaiseeeee!!! Ayoye!! Là y'a rien à faire, y'a pas plus obstineux qu'une femme française de surcroît.. Coupes-lui le clapet la prochaine fois, ça t'éviteras de te retrouver dans le champ!! De toute façons, vous les hommes, vous n'écoutez jamais rien!! ;-P

    Ça ne sert à rien d'obstiner une femme.. Y'a qu'à se taire et attendre qu'elle change d'avis!! ;-P

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